Location courte durée : le calcul de rentabilité sans se raconter d'histoires
« Deux à trois fois le loyer d'une location classique » : c'est la promesse qui vend le Airbnb. Elle est parfois vraie — en brut, en haute saison, avant les charges. En net, l'écart fond, et il s'inverse même sous un certain taux d'occupation. Voici comment poser le calcul honnêtement.
La formule de base : nuitée × occupation
Le revenu annuel d'une courte durée se construit sur deux hypothèses, et deux seulement :
Revenus bruts = prix moyen par nuit × 365 × taux d'occupation
- Le prix moyen par nuit n'est pas le prix d'août : c'est la moyenne pondérée sur l'année, promotions et basse saison comprises. Relevez les prix réels de 5 à 10 annonces comparables, mois par mois.
- Le taux d'occupation réaliste se situe, selon la ville et la saisonnalité, entre 50 et 70 % pour un bien bien géré. Les calendriers des annonces concurrentes (nuits grisées) sont votre meilleure source gratuite.
Exemple : un T2 à 60 € la nuit avec 65 % d'occupation encaisse 60 × 365 × 0,65 ≈ 14 200 € par an, soit environ 1 185 €/mois — face à un loyer longue durée de, disons, 650 €. Le « x2 » semble là. Continuons.
Les charges : comptez 40 à 50 % des recettes
- Commissions de plateforme — de l'ordre de 3 % côté hôte chez Airbnb (davantage selon le modèle choisi et les plateformes) ;
- Ménage et linge — soit votre temps, soit 40 à 80 € par rotation ; c'est le poste que les séjours courts font exploser ;
- Conciergerie — 20 à 30 % des recettes si vous déléguez tout (et à distance, vous déléguerez) ;
- Énergie, internet, consommables — à votre charge, contrairement à la longue durée ;
- Mobilier et usure — équipement complet au départ, renouvellement accéléré ;
- Taxe de séjour, CFE, assurance spécifique — et une fiscalité qui s'est durcie : voir le guide fiscalité du meublé de tourisme.
En gestion directe, tablez prudemment sur 40 à 50 % de charges d'exploitation (hors crédit et hors impôts), contre 25 à 30 % en location longue durée. Avec conciergerie, ajoutez sa commission.
Le point mort face à la location classique
Reprenons l'exemple : 14 200 € bruts − 45 % de charges ≈ 7 800 € nets, contre 650 € × 12 = 7 800 € bruts en longue durée, soit environ 5 850 € nets après 25 % de charges. La courte durée gagne d'environ 2 000 € par an — au prix d'une activité quasi hôtelière.
Mais refaites le calcul à 45 % d'occupation : 9 850 € bruts, ≈ 5 400 € nets — moins qu'une location classique, pour dix fois plus de travail. Dans cet exemple, le point mort se situe vers 50 % d'occupation : en dessous, le Airbnb fait pire que le bail meublé classique. Calculez TOUJOURS ce point mort : c'est lui qui dit si votre projet repose sur une marge confortable ou sur un pari météo.
Les 3 pièges des projets « rentabilité x3 »
- Les revenus annoncés sont des bruts de haute saison. Les simulations de conciergeries et les annonces « spécial investisseur Airbnb » extrapolent souvent le mois d'août sur l'année. Exigez un historique réel, ou refaites le calcul avec vos propres relevés.
- La réglementation peut tuer le projet. Enregistrement obligatoire, changement d'usage, quotas, copropriété qui peut interdire, DPE exigé : voir le guide loi Le Meur. Un projet qui n'est viable qu'en courte durée est un projet fragile.
- Le temps de gestion n'est jamais chiffré. Messages, check-ins, ménages, avis, litiges : comptez plusieurs heures par semaine ou 20 à 30 % de recettes en moins pour les déléguer. Une courte durée « rentable » qui vous coûte un mi-temps n'est pas un placement, c'est un emploi.
La bonne méthode : chiffrer d'abord le scénario de repli
Le test le plus fiable avant d'acheter : simulez le bien en location longue durée classique. Si le projet s'autofinance déjà (ou presque) au loyer de marché, la courte durée devient un bonus — et un éventuel durcissement de la réglementation ne vous met pas en danger. Si le projet ne tient que grâce aux nuitées optimistes, vous connaissez votre niveau de risque.
Commencez par le socle : ce bien tient-il debout en location classique, au loyer du marché local ?
Simuler mon scénario de repli →Voir aussi : le cash-flow, le calcul qui décide de tout · les 7 erreurs du premier investissement